07 octobre 2007
Kolkata, samedi 1er décembre 2007
Tea time à Darjeeling
En arrivant en Inde le mardi 20 novembre, nous enchaînons bus et jeep pour atteindre Darjeeling. Le bus nous conduit jusqu’à Siliguri, à une vingtaine de kilomètres de la frontière, et le 4X4 se lance à l’assaut des collines pour atteindre la capitale du thé. La carte ci-dessous permet de situer Darjeeling mais il est difficile de tracer notre trajet, vue la taille du pays.

Si en redescendant dans la plaine nous avons brièvement retrouvé la chaleur, nous la reperdons vite en montant vers Darjeeling, d’autant plus que nous sommes au royaume des courants d’air : les jeeps roulent systématiquement toutes fenêtres ouvertes. Sympa quand dehors il fait autour de 10 degrés !
Darjeeling fait partie des endroits où nous voulions absolument nous rendre au cours de ce voyage. Pourtant, la ville est loin de déborder d’activités mais ce nom aux belles sonorités nous faisait rêver. Nous imaginions des paysages de montagne, des cultures de thé à perte de vue, des collines noyées sous la brume...
Sur ce dernier point, nous sommes servis. A notre arrivée en fin d’après-midi, les nuages sont bien présents sur les reliefs et comme nous sommes en altitude, il ne fait pas chaud. Heureusement nous avons une activité toute trouvée : se réfugier dans un salon de thé pour déguster la boisson-reine de la région accompagnée de petits gâteaux...

Le lendemain, nous commençons à explorer la ville. Elle est bâtie le long d’une crête et tout trajet comporte un lot important de montées et de descentes. Ses rues en pente ne sont toutefois pas un frein à l’activité, débordante comme partout en Inde.

Le relief ne nous arrête pas non plus et nous allons de bon matin admirer la vue dégagée. A peu de distance en effet le plus haut sommet du pays (et accessoirement le 3ème du monde), le majestueux et imprononçable Khangchendzonga élève ses 8598 mètres. Un bien beau spectacle...
Nous en profitons également pour aller visiter un des gompas (monastère bouddhiste) de la ville. Avec le Khangchendzonga en toile de fond, c’est un régal pour l’appareil photo !

A Darjeeling, nous voulons évidemment visiter une «usine» de transformation de thé. Autant commencer par le commencement, nous allons d’abord rejoindre les cueilleuses dans les plantations pour une leçon de ramassage. Pas facile de se frayer un chemin dans les champs de théiers en pente !

C’est la fin de la dernière cueillette de l’année. Dans quelques semaines, on procèdera dans les plantations à la coupe et à l’entretien des théiers. En attendant, on s’active pour ramasser les jeunes feuilles vertes du dessus.

A force de demander quelles feuilles il faut cueillir, Florence se trouve un petit boulot !

Les ouvrières apportent ensuite leur récolte dans un entrepôt où elle est pesée. Les feuilles de thé sont alors partiellement séchées puis fermentées. On leur enlève ce qui reste d’humidité et on les trie selon leur qualité. Il n’y a plus qu’à procéder à l’emballage puis à l’expédition de la marchandise.
Forts de ce nouveau savoir, nous nous livrons à une activité beaucoup plus pratique : l’obtention d’un permis pour le Sikkim où nous comptons nous rendre deux jours plus tard. C’est un état indien au nord du Bengale, où nous nous trouvons, et dont la visite nécessite un permis spécial. Il n’est pas difficile à obtenir, il suffit de demander un formulaire dans un bureau puis de l’emmener se faire tamponner dans un autre office (à plusieurs kilomètres de là tout de même) avant de le ramener au premier bureau pour l’émission du permis. L’ensemble de la procédure prend un peu de temps et comme notre présence à tous n’est pas requise pour la dernière étape, nous nous séparons.
Clément se charge de récupérer les permis tandis qu’Ander se rend à la gare ferroviaire se renseigner pour des billets de train pour Kolkata. Son séjour avec nous touche à sa fin et il faut bien songer au moyen de regagner son point de départ de l’Inde. C’est là qu’il entend incidemment parler d’une grève qui s’apprête à toucher la région. La Gorkha League qui demande la sortie de Darjeeling du Bengale et l’autonomie pour le district appelle en effet à une grève de quatre jours à partir du lendemain. Le train ne fonctionnera donc pas d’ici-là, il y a foule à la gare pour essayer de quitter la ville avant le début de la grève.
C’est donc sans billet qu’Ander ressort de là pour aller retrouver Clément. Ensemble, ils se rendent à la station de départ des jeeps où ils apprennent que ce mode de déplacement sera également affecté par la grève. Si on veut quitter Darjeeling, c’est maintenant ou dans cinq jours. Et encore, il est déjà tard donc il est impossible de trouver un véhicule pour nous amener jusqu’à Gangtok, la capitale du Sikkim. Tout ce que Clément et Ander arrivent à négocier, c’est de se rendre à Jorethang à la «frontière» des deux états. Ce ne sont pas les jeeps qui manquent mais très peu acceptent de partir.

Du coup, c’est panique à bord. Il faut rentrer à l’hôtel, faire les sacs, retrouver Florence et lui expliquer la situation (on part maintenant, ce n’est pas une blague), expliquer au gérant de l’hôtel médusé qu’on s’en va, que non on n’a pas besoin de reçu, qu’on veut juste payer et que ça aille vite, retourner à la gare des jeeps, retrouver notre chauffeur et embarquer pour Jorethang.
Ces opérations s’effectuent en un temps record et nous nous retrouvons sur le chemin cahotant qui desend la montagne vers Jorethang. A vol d’oiseau, la ville est toute proche mais il nous faudra pas loin de deux heures pour l’atteindre. A l’entrée du Sikkim, le policier du poste de contrôle ne remarque pas que la validité de notre permis ne commence que le lendemain (on ne pensait pas partir si tôt) et nous laisse passer. Ouf...
Il ne nous reste plus qu’à trouver un logement pour la nuit. Jorethang est un important carrefour de routes donc ce ne sont pas les hôtels qui manquent. Nous jetons notre dévolu sur un véritable appartement à la déco kitschissime. Canapés rouge vifs, table de salon en forme du coeur du salon : c’est d’un goût exquis...

Au moins, l’endroit est spacieux et nous pouvons vérifier que nous n’avons rien oublié lors de ce départ précipité. Tout va bien, surtout après une bonne bière bien méritée pour nous remettre de nos émotions. Au Sikkim, sorte de zone franche, l’alcool est particulièrement bon marché, alors on en profite !
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04 décembre 2007
Bhubaneswar, mardi 4 décembre 2007
La tournée des monastères au Sikkim
Le jeudi 22 novembre au matin nous nous réveillons donc à Jorethang au Sikkim, un peu surpris d’y être arrivés si tôt mais la grève à Darjeeling en a décidé ainsi... La ville où nous sommes n’est qu’un point de passage obligé. Nous nous trouvons dans le creux d’une vallée, il n’y a rien à faire à part prendre une jeep collective pour monter vers les endroits intéressants de la région.
Le Sikkim est un état à part en Inde. Il est resté un royaume indépendant jusqu’en 1975, lorsque le peuple s’est soulevé contre son souverain et que l’Inde s’est dépêchée d’annexer ce petit pays. La Chine n’a d’ailleurs toujours pas reconnu l’appartenance du Sikkim à l’Inde, c’est un des très nombreux points de désaccord entre ces deux géants... Quoiqu’il en soit, nous nous rendons très vite compte que la région ne ressemble pas au reste de l’Inde. L’influence tibétaine, due à une forte immigration depuis plusieurs siècles, est très importante et la majorité des habitants semblent bouddhistes, à en juger par l’omniprésence des drapeaux à prières.
La région compte également un nombre impressionnant de monastères bouddhistes et l’intérêt d’une visite au Sikkim réside beaucoup dans la découverte de ces lieux, toujours très bien placés en haut d’une montagne, avec belle vue de préférence.

Nous partons rapidement de Jorethang, direction la ville de Pelling à 3 heures de route de là. Il est plus facile de parler en heures de jeep par ici car les distances sont dérisoires (il y a peut-être 30 kilomètres entre Jorethang et Pelling) mais les routes sont incroyablement sinueuses et pentues et les vitesses moyennes sont donc ridicules.

La jeep collective est le moyen de transport par excellence dans ces montagnes. On s’entasse à plus de 11 dans ces véhicules et c’est parti pour des heures avec des barres en métal au niveau des genoux. Enfin, peut-être n’avons-nous pas été les plus à plaindre durant tous ces transports. Nous avons une pensée pour les pauvres gars qui se sont trouvés coincés malgré eux sur la même banquette que les trois grands Occidentaux. Il n’y a pas eu de mort par étouffement mais il est vrai que nous n’avons pas la même morphologie !
Pelling est une petite «station d’altitude», lieu de villégiature des habitants de Kolkata (enfin, de ceux qui peuvent se le permettre), construite sur une crête avec une vue époustouflante sur la chaîne du Khangchendzonga. Lorsque nous y arrivons, les nuages bouchent malheureusement la vue. Ca n’est pas grave, les environs offrent de belles possibilités de balade. Nous partons ainsi visiter notre premier monastère du Sikkim (avant une longue série vous l’aurez compris) à 3 kilomètres de la ville.
L’endroit est joli et coloré avec une mutitude de drapeaux à prières juchés sur des mâts en bambou à l’extérieur et des peintures et effigies incroyables à l’intérieur.

Les plus jeunes moines assurent en plus l’ambiance pendant leur récré. Ce n’est pas parce que l’on est promis à une vie de méditation que l’on ne peut pas se bagarrer avec ses petits camarades pour se défouler. Si la sagesse viendra plus tard pour certains, d’autres semblent déjà plus studieux !

Florence s’intéresse quant à elle à deux autres sujets. Avec eux, comme d’habitude, on aura suffisamment de photos des petits moines, ce n’est pas la peine d’en rajouter !

Nous mettons ensuite sur pied notre programme pour les jours à venir. Nous voulons faire une randonnée de deux jours dans la région. Pour cela, nous réservons dans un premier temps un tour organisé qui nous conduira à un lac sacré à quelques heures de jeep. De là, nous marcherons en passant par plusieurs villages isolés et quelques monastères.
Avant cela, nous voulons assister au lever du soleil face au Khangchendzonga. Le réveil est donc réglé sur 5h du matin. Avant de se préparer à sortir, Clément vérifie quand même s’il n’y a pas de mauvaise surprise. Tout va bien, la montagne est parfaitement dégagée. Nous montons donc tous les trois un peu plus haut dans la ville pour avoir la meilleure vue et nous patientons jusqu’à ce que les premiers rayons de soleil touchent le sommet. Nous ne regrettons pas de nous être réveillés si tôt, le spectacle est très beau. Ca n’est pas tous les jours que l’on peut voir si facilement le lever de soleil sur une montagne culminant à plus de 8500 m.

Après un petit-déjeuner bien mérité nous rejoignons la jeep qui va nous emmener au lac de Khecheopalri. Nous avons pris un tour organisé mais seul le transport vers le lac nous intéresse. Comme souvent dans ce genre de cas, cela revient moins cher que de louer un taxi. Nous ne regrettons pas notre choix car nous sommes accompagnés par dix Indiens en vacances qui sont un spectacle à eux tous seuls. Ce ne sont bien sûr pas les Indiens les moins fortunés qui sont avec nous. La plupart semblent avoir la quarantaine, habillés en jean relax mais branché. Certains sont totalement accrocs au téléphone portable et hurlent dans leur appareil à longueur de temps : nous sommes étonnés de voir que l’on capte même ici, entouré de toutes ces montagnes !
Avant d’arriver au lac, nous effectuons un arrêt sur un site appelé le jardin de pierre, une de ces inventions des agences pour qu’un tour dure plus longtemps, puis à une sympathique cascade. Vers 11h30, nous atteignons enfin le lac. L’endroit est extrêmement vénéré par les Bouddhistes du Sikkim. Une véritable forêt de drapeaux à prières borde l’étendue d’eau mais c’est le seul point vraiment impressionnant du site. Les croyants viennent se recueillir face au lac et nourrissent les gros poissons que l’on voit émerger pour avaler les biscuits. L’offrande aux dieux passe par eux !

La petite randonnée débute alors pour nous. Nous commençons par descendre beaucoup plus bas que le lac sur un chemin très glissant avant de remonter vers Yuksom, notre étape du soir. Nous n’avons plus de vue sur le Khangchendzonga mais les paysages sont plaisants et surtout, nous traversons plusieurs villages. Les champs, les belles maisons, les sourires des habitants et les rires des enfants nous font oublier que la montée est très raide.


Arrivés à Yuksom, nous avons juste le temps d’aller visiter un lieu historique très important, l’endroit où les trois lamas fondateurs du Sikkim se sont rencontrés et ont décidé de la création de l’Etat. Stûpas, moulins à prières géants et drapeaux sont disséminés sur le site qui dégage une grande sérénité. A la nuit tombée nous reprenons quelques forces en dégustant un bon curry dans un petit resto puis direction la chambre d’hôtel : la journée a été très longue et demain on ne va pas non plus chômer.
Vers 8h30 nous commençons à marcher. Premier objectif, le gompa (c’est-à-dire le monastère) à 25 minutes au-dessus de Yuksom mais pas dans la direction de la suite de notre rando, il faudra repasser par le village. L’échauffement est brutal car la pente est raide mais l’endroit est paisible et nous pouvons tranquillement reprendre notre souffle dans le petit jardin où trônent de vieux stûpas.
Nous ne savons pas bien combien de temps nous allons mettre pour rejoindre le village de Tashiding où nous voulons passer la nuit. Plusieurs chemins semblent y mener mais nous prenons sans doute le plus long, celui qui permet de passer par plusieurs hameaux et par deux nouveaux gompas.
La traversée des villages nous permet une fois de plus de photographier les habitants de la région, qui sont heureux de poser devant l’objectif.


Nous sommes loin des visages des Indiens, on pourrait toujours se croire au Népal ou arrivés en Asie du Sud-Est. La communication au-delà de la photo est par contre difficile, nous réussissons tout juste à nous faire confirmer notre chemin mais quel bonheur de se trouver ici, perdus au milieu des montagnes à observer comment vivent ces gens. Une route passe en contre-bas mais les jeeps de touristes, déjà pas très nombreuses ne viennent pas jusqu’ici. Vive la rando !
Seule ombre au tableau, nous ne trouvons pas d’endroit pour nous restaurer en milieu de journée. Une fois les paquets de biscuits terminés, nous n’avons plus rien à avaler. Notre salut viendra vers 15h quand nous trouverons une petite épicerie dans le village le plus haut de la journée. Pour éviter l’hypoglycémie, le seul remède que nous trouvons, c’est le paquet de chips...

L’utime montée de la journée nous conduit à un gompa très bien placé où nous savourons la belle lumière de cette fin d’après-midi.

Il ne nous reste plus qu’à rejoindre Tashiding par une très longue descente au cours de laquelle nous pouvons encore constater le succès des appareils photo. C’est presque l’émeute pour voir la photo sur l’écran digital mais la photo de groupe finale vaut le coup d’oeil : de 1 à 75 ans, tout le monde pose.

Nous arrivons dans le village alors que la nuit est déjà tombée. On a bien mérité la bière de l’apéro, ce soir !
Une bonne nuit plus tard, il ne nous reste plus qu’à remonter à Pelling où nos gros sacs sont restés. Nous passons les récupérer puis nous enchaînons les trajets en jeep pour gagner la ville de Gangtok, capitale du Sikkim. La journée est faite de transport mais il faut bien en passer par là de temps en temps.

Nous retrouvons une grosse ville bien polluée et bruyante. Son seul attrait à nos yeux est l’accès à Internet grâce auquel nous pouvons enfin remettre un message sur le blog. Cela prendra du temps car la connexion est assez lente mais nous y parvenons.
Nous restons à peine 24 heures à Gangtok. Dès le lendemain de notre arrivée, soit le 26 novembre, nous partons dormir au pied du célèbre monastère de Rumtek, à une heure de jeep de Gangtok.
Nous visitons une première fois l’édifice en fin d’après-midi. Les arcades qui entourent la cour devant le temple principal sont remplies de petits moines qui prient, tête tournée vers les murs ou les portes et livre ouvert sur les genoux.

Enfin, certains font juste semblant de prier : posé sur le carnet de prières, on voit de tout. C’est toujours amusant de constater que les enfants sont les mêmes partout !
Nous revenons au monastère tôt le lendemain matin pour assister à la première cérémonie de la journée.

Nous nous installons dans un coin de la salle de prières et écoutons les moines psalmodier, chanter ou faire tinter de petites timbales pendant plus d’une heure. Entre deux incantations, tout le monde prend son petit-déjeuner : ça paraît assez frugal, une sorte de pâte blanche accompagné de thé. Gentils comme tout, les moines qui s’occupent de servir leurs confrères viennent nous servir du thé et nous remplissent nos tasses à plusieurs reprises.
Nous n’attendons pas la fin de la cérémonie et nous nous éclipsons discrètement au bout d’un moment. Une longue route nous attend en effet aujourd’hui. Nous avons la veille acheté des billets de train pour Kolkata. Le départ est prévu à 20h30 de la gare de Siliguri. Nous retournons donc à Gangtok puis partons pour Siliguri en début d’après-midi, soit environ 5h30 de jeep en tout.

Nous savourons notre dernier trajet en jeep collective : c’est quelque chose qui ne nous manquera pas. Par contre nous quittons l’Himalaya pour de bon. Nous aurons bien sûr l’occasion de retrouver des montagnes dans la suite de notre voyage mais elles seront forcément moins élevées. C’est la fin des sommets enneigés et des hautes altitudes, une page importante se tourne ! Le désir de randonner dans la cordillère des Andes puis dans l’Himalaya a été un des moteurs de ce voyage. Nous avons adoré tous les moments passés à marcher dans ces régions mais maintenant d’autres bonnes choses vont s’offrir à nous comme la chaleur et la perspective de s’arrêter à la plage de temps à autre !
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07 décembre 2007
Puri, vendredi 7 décembre 2007
La cité de la joie...
Le 28 novembre au matin, nous arrivons à Kolkata après avoir passé la nuit dans le train.

Pour qui a un peu voyagé, les déplacements en Inde ne sont pas, pour une fois, synonymes d’inconfort et de perte de temps. Et pourtant il y aurait de quoi, au vu des dimensions du pays, mais heureusement le réseau ferroviaire est très développé, fiable et bon marché. Certes les rames ne battent pas de record de vitesse mais quand on effectue un long trajet, on passe confortablement la nuit sur sa couchette et on arrive frais et dispos au petit matin.
Euh, pour la fraîcheur, on attendra peut-être la douche...

Le temps d’atteindre la gare, nous avons quand même l’occasion de voir que tous les voyageurs ne sont pas aussi bien lotis que nous.

Après nous être installés dans un hôtel du centre, nous partons nous promener. Il existe plusieurs «sites» touristiques qui valent une visite et nous allons effectivement en admirer quelques-uns mais nous nous rendons vite compte que l’intérêt de Kolkata est ailleurs.
Premier constat, la ville est immense et hyper-peuplée. Forcément, c’est la plus peuplée d’Inde après Mumbai, on ne pouvait pas s’attendre à un calme olympien. Les conséquences logiques et immédiates sont donc une activité intense de tous les instants, une pollution impressionnante (même en pleine journée, on ne voit pas vraiment le soleil dans un ciel pourtant sans nuage) et un bruit incessant. Sur ce dernier point, nous sommes d’autant plus gâtés que nous avons élu domicile en face d’une mosquée : le réveil sera matinal...
Nous rendons d’abord visite au «Victoria Memorial», un vestige de l’Empire britannique dont les jardins servent de lieu de rencontre aux amoureux et qui est un peu à Kolkata ce que le Taj Mahal est à Agra, en beaucoup moins beau tout de même.

Ensuite, nous nous perdons au hasard des rues pour constater que le trottoir est le lieu de vie par excellence : on y mange, on s’y fait curer les oreilles, on y pisse, on y dort, on savoure un chai, on s’y fait couper les cheveux...

La ville a pour ainsi dire été créée par les Anglais. Aujourd’hui, il reste de cette époque de larges avenues abritant de vieux bâtiments coloniaux bien décrépis où les taxis règnent en maîtres.

Le soir venu, nous décidons d’aller au cinéma. Ander ne veut pas repartir sans avoir vu un film indien et comme les affiches de « Om, shanti om » nous faisaient rêver depuis Gangtok, nous nous laissons tenter.

Dans le hall du cinéma, le héros du film grandeur nature. Florence est déjà sous le charme !

Bilan, nous ne sommes pas déçus. Pendant près de trois heures les rebondissements s’enchaînent à un rythme effréné. Le héros est très musclé, la belle héroïne est très très belle et le méchant moustachu vraiment très méchant. Pour le reste, chants et danses endiablés se succèdent dans un festival d’action et de couleurs. Même si nous ne comprenons pas toutes les subtilités des dialogues, nous passons une excellente soirée.
A la sortie cependant, nous retrouvons la réalité de la rue. Il est tard, les boutiques sont fermées et tout le monde s’est installé pour dormir sur des lits de fortune ou à même le sol. Entre deux paillasses, il n’y a que des tas d’ordures sur lesquels trônent quelques rats ou chiens errants. Fin du glamour et des paillettes, Bollywood est soudainement bien loin...
Le lendemain, nous partons vagabonder dans les rues de la ville. Nous commençons par un quartier assez populaire, un peu au nord du centre. On ressent évidemment l’extrême pauvreté des habitants mais l’ensemble n’est ni triste ni même miséreux. Les conditions de vie sont certes difficiles mais chacun semble avoir son activité, qui son petit commerce, qui son petit stand d’en-cas...
Parmi les plus impressionnants, les rickshaws «à pied», alors que partout ailleurs en Inde on ne trouve plus que des cyclos, et les porteurs qui déplacent sur leur tête des chargements hallucinants !

Et parmi nos préférés, les vendeurs de chai, le thé au lait sucré et aux épices qui constitue la boisson nationale et dont nous faisons une consommation enthousiaste. Ici, on admire le savant dosage des ingrédients et on aperçoit les petis pots en terre cuite à usage unique dans lequel on déguste le thé.

A l’occasion de cette promenade, nous nous rendons compte à quel point il est parfois difficile de se frayer un chemin dans les rues, même pour les piétons !

Le soir venu, après un bon restaurant destiné à donner des regrets à Ander qui nous quitte le matin suivant, nous décidons d’aller prendre un dernier verre. Nous nous trouvons alors dans un quartier plutôt chic mais si les restaurants abondent, les bars sont moins faciles à trouver. Nous finissons par en dénicher un mais le serveur nous explique d’un air ennuyé que ce n’est pas possible de nous installer et qu’il vaut mieux nous rendre à côté. Seulement à côté ce n’est pas un bar mais encore un restaurant ! Nous tentons notre chance un peu plus loin. Après nous avoir désigné dans un premier temps une table dans la salle du bas, les serveurs nous demandent finalement de monter à l’étage.
Cette fois nous insistons un peu pour comprendre le pourquoi de l’affaire et finalement la lumière se fait. Le problème, c’est la présence de Florence, la plupart des bars étant tout simplement réservés aux hommes. Quand les serveurs voient qu’il y a une fille dans le groupe, ça n’est plus possible. Ce coup-là, on ne nous l’avait jamais fait et ça laisse une impression un peu bizarre !
Nous montons donc nous installer dans la salle «famille» où la clientèle est d’ailleurs presque exclusivement masculine et nous pouvons enfin trinquer au départ d’Ander.
Le 30 novembre au matin, il prend donc son avion pour la France et l’hiver. Son sac s’est bien alourdi depuis son arrivée, et pas seulement à cause des souvenirs. Nous lui confions en effet nos dernières affaires «chaudes» dont nous ne devrions plus avoir besoin. Adieu gants, bonnets, écharpes et sac de couchage pour températures négatives ! Cela nous rend bien service de nous retrouver ainsi allégés pour la suite du voyage. Merci Ander !
Nous avions pris pas mal de retard avec notre blog donc nous profitons du fait d’avoir un peu plus le temps et de disposer de connexions Internet valables pour avancer dans les messages. Dans les jours qui suivent, nous ne visitons aucun monument en particulier mais nous nous perdons à nouveau dans les rues pour appréhender un peu plus la vie des habitants.
Nous assistons à des scènes quasi-irréelles pour les Occidentaux que nous sommes comme cette «douche» dans la rue au petit matin.

Les points d’eau que l’on trouve fréquemment sur les trottoirs sont pris d’assaut tous les matins pour les activités que chez nous nous avons le luxe d’effectuer dans une cuisine ou une salle de bain : vaisselle, toilette matinale, brossage des dents...
C’est ainsi que Clément tombera sur ce petit «ange» fraîchement sorti de la douche !

A côté de cela, la crasse et le manque d’hygiène sont parfois difficiles à supporter. Exemple parmi d’autres, cette fouille d’un tas d’ordures...

Comme souvent en Inde, les abords de la rivière sont le lieu d’importantes ablutions en même temps qu’une véritable décharge.

Partout cependant, les gens sont incroyablement chaleureux et désireux d’échanger quelques mots avec nous. La conversation ne va pas toujours très loin mais l’appareil photo permet un peu d’abolir la barrière de la langue et de créer un échange. Nous avons des dizaines de photos de poses fières, réjouies, pensives ou mystérieuses. Le choix est bien difficile !


Le dimanche 2 décembre au soir, nous prenons le train pour Bhubaneswar et l’Orissa. Cette visite à Kolkata nous a plu dans le sens où elle jette un éclairage sur une facette de l’Inde. Ces balades au hasard des rues où nous avons pu entrevoir la vie que mènent les gens d’ici restera un grand moment de notre voyage, c’est sûr.
Il est cependant difficile de prolonger notre séjour. La pollution, l’agitation des rues, la frénésie de la vie en font un lieu extrêmement bruyant et fatigant. Nous allons être contents de nous reposer un peu au bord de la mer. Voici juste une dernière photo prise à la gare principale de Kolkata, une des plus importantes du monde. Nous ne sommes pas les seuls à attendre notre train, ça vaut largement la Gare du Nord un jour de grève !

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